Je rêve

Je suis dans l’escalier derrière la maison de mon enfance. Je regarde la grange. Il y a de la brume. C’est un peu irréel…Y avait-il quelqu’un qui marchait vers la grange? Je ne sais plus. Je vois la porte par ou on entrait dans la grange. Dans le rêve, la porte est peinte en rouge, était-ce le cas? J’en doute.

Le souvenir de cette porte est soudain très vivide alors que j’avais oublié son existence. Et me revient peu à peu ce qu’il y avait derrière. Je peux entrer à nouveau. Y avait-il à l’entrée, un petit espace avec du foin étendu par terre, une couche isolée des autres…à quoi servait cet espace? Il me semble qu’on y jouait parfois. Ensuite un vaste espace ou étaient rangés les instruments aratoires. J’allais écrire oratoires, peut-être disait-on ainsi. Au fond de cet espace, on tournait à droite et on se retrouvait derrière les chevaux. Après, il y avait les vaches. Quatre, cinq, ou six, je ne sais plus.

J’ai appris à les traire quand j’étais enfant. Ça n’a rien à voir avec la méthode utilisée dans un épisode de série télévisée vu l’autre jour…Non, Olivier, ce n’est pas comme ça tout à fait. Il faut glisser le sommet du trayon (nous, on disait le triyon et on disait triyer les vaches) entre l’index et le majeur, ensuite, on tire légèrement vers le bas en refermant doucement tous les doigts de haut en bas sur le trayon et le lait coule dans la chaudière. Un trayon dans chaque main, on alterne. Pendant que l’on vide l’un, l’autre se remplit à nouveau. Il faut le faire avec douceur sinon la vache aura mal et elle risque de ruer pour protester. Je ne savais pas alors que la vache était soulagée par la traite. J’avais juste l’impression de lui prendre quelque chose.

Je me rappelle de la traite du matin. Mon père qui supervise, conseille. Moi, petite fille pas très propre qui essaie de bien faire et surtout de ne pas indisposer la vache. C’était une tâche, rien de bucolique, mais rien de désagréable. Et j’étais lente. L’étable était propre, nettoyée comme il se doit. Moi, je n’avais rien à voir là-dedans.

Je n’ai jamais eu envie de boire du lait qu’on vient de traire.

Derrière l’étable, un tas de roches, un cenellier et les champs jusqu’à l’horizon.

Petite misère, bonheur d’occasion, espace infini de l’enfance.

 

 

2 réflexions sur “Je rêve

  1. Avatar de Jocelyne Morin Jocelyne Morin

    Que de souvenirs… tu as oublié le tas de fumier en arrière…!!! Et me semble que la porte était rouge…
    Très beaux souvenirs et que dire de la photo!!! Vraiment un bonheur d’occasion!! Merci pour ce beau texte!!!

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