Un violoniste à l’automne

C’était l’automne mais il n’y avait rien de l’automne en lui. Sauf peut-être la maturité. Cette maturité acquise par des heures de pratique, de recommencements, de concentration, de renoncements aussi. Il avait acquis ainsi la  profondeur, le  sérieux, la force, la puissance et on sentait qu’il n’était pas près de retourner à la terre. Il jouait debout, son violon bien calé sur son épaule gauche. Ce serait un cliché de dire : Il faisait corps avec son violon. Pourtant oui, Il avait intégré le violon dans son être. Il semblait l’aimer comme lui-même, plus que lui-même. Il faisait jaillir cris, chants et plaintes.

Il était jeune,  il était beau dans ses vêtements noirs. Sa ceinture à grosse boucle, ses bottes rouges affirmaient sa singularité. Tout son corps, tout son être était musique. Nous étions des captifs heureux emportés par son jeu.

Il n’avait rien de l’automne ce jeune violoniste. Pourtant comme l’automne, il faisait exploser la beauté, une beauté grandiose, inscrite dans l’instant, éphémère. Chaque instant est éphémère, pourtant nous le laissons passer sans le saluer, le reconnaître. La beauté de l’automne nous arrache à l’inconscience, la beauté nous ouvre le cœur. Le violoniste uni à son violon nous offrait un moment de plénitude, de vie parfaite, tout son corps bougeait harmonieusement, son esprit complètement présent et absorbé dans la beauté de l’instant. Il nous offrait cette beauté et je la recevais de tous mes sens. Je l’admirais lui, son corps, son mouvement, son violon. Je recevais cette musique passionnée, ardente, émouvante. Je devenais plus vivante.

6 octobre 2014Automne

 

Une réflexion sur “Un violoniste à l’automne

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